La prophylaxie pré-exposition (PrEP) a été rapidement déployée dans le cadre d’un vaste projet financé par l’État, à Victoria et en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. L’objectif de cetté étude était d’analyser l’impact de la PreP sur les comportements des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH), en particulier sur l’utilisation du préservatif chez les HSH n’utilisant pas la PrEP.

Les auteurs ont recueilli des données à l’aide d’enquêtes périodiques transversales chez les HSH de Melbourne, Victoria et Sydney. Le recrutement s’est fait en ligne et sur les lieux de convivialité. Les participants admissibles étaient des hommes (et transgenres identifiés comme étant des hommes) âgés de 18 ans ou plus (16 ans ou plus ou plus pour les inclusions en ligne) et ayant eu des rapports sexuels avec un homme au cours des cinq dernières années ou identifiés comme gay, bisexuels, ou les deux. Une analyse par régression logistique multivariée a permis d’évaluer les évolutions dans l’utilisation du préservatif, des relations anales sans préservatif avec des partenaires occasionnels (CAIC) et l’utilisation de la PrEP.

Entre le 1er janvier 2013 et le 31 mars 2017, 27 011 participants ont rempli les questionnaires à Melbourne (n=13 051) et à Sydney (n=13 960). 16 827 ont déclaré avoir eu des rapports sexuels avec des partenaires masculins occasionnels au cours des six mois précédant l’enquête et ont été inclus dans ces analyses. En 2013, 26 (1 %) des 2692 hommes ont déclaré un CAIC et étaient séronégatifs et utilisaient la PrEP, comparativement à 167 (5 %) des 3660 hommes en 2016 et 652 (16 %) des 4018 hommes en 2017 (p<0-0001). L’utilisation régulière du préservatif a été rapportée par 1360 (46%) des 2692 hommes en 2013, 1523 (42%) des 3660 hommes en 2016, et 1229 (31%) des 4018 hommes en 2017 (p<0-0001). En 2013, 800 (30 %) des 2 692 hommes séronégatifs ou non testés et ne prenant pas de PPrEP ont déclaré un CAIC, contre 1118 (31 %) des 3 660 hommes en 2016 et 1166 (29 %) des 4018 en 2017 (tendance non significative).

 

Les auteurs ont donc constaté une augmentation rapide de l’utilisation de la PrEP, en particulier en 2016-17, et une réduction d’une ampleur similaire de l’utilisation constante du préservatif au niveau de la population (c’est-à-dire que l’utilisation constante du préservatif avec des partenaires occasionnels a diminué chez les hommes qui n’utilisent pas la PrEP). Malgré la réduction de l’utilisation du préservatif, le niveau global de protection de la population a légèrement augmenté et le nombre de nouveaux diagnostics de VIH chez les HSH a diminué.

L’introduction de la PrEP pourrait s’accompagner d’une diminution de l’utilisation du préservatif chez les non-utilisateurs de la PrEP. Ce changement potentiel n’a pas été évalué ou pris en compte de manière cohérente dans la surveillance en routine des HSH ou dans les modélisations mathématiques. L’introduction de la PrEP semble donc s’accompagner d’une diminution de l’utilisation du préservatif chez les non-utilisateurs de la PrEP. Ce changement potentiel n’a pas été évalué ou pris en compte de manière cohérente dans la surveillance ou dans les modélisations mathématiques. Le niveau au-delà duquel la compensation du risque au niveau communautaire pourrait nuire à l’efficacité à long terme de la PrEP à un niveau populationnel reste à ce jour à déterminer. Les auteurs de cette étude recommandent ainsi l’amélioration de la surveillance et de l’évaluation de l’effet de la PrEP sur le comportement sexuel au niveau communautaire et populationnel.

Les auteurs concluent qu’une augmentation rapide de l’utilisation de la PrEP par les HSH à Melbourne et Sydney s’est accompagnée d’une diminution tout aussi rapide de l’utilisation systématique du préservatif et concluent que dans le même contexte, il est nécessaire de prendre en compte cette information dans la modélisation des programmes d’implémentation de la PreP.